Jacques Martin, mémoire vivante de Bruz

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Depuis de nombreuses années il nous fait partager sa passion, à travers ses articles dans la page “Patrimoine” du magazine « Vivre à Bruz », lors de la Journée du Patrimoine, par sa participation au livre « Bruz de B à Z » ou la publication de son dernier ouvrage « Bruz, Mémoire en images ».
Des sous-sols de la mairie où, des journées entières, il épluche les archives, il rapporte des récits passionnants sur la vie à Bruz, depuis le Moyen Age jusqu’à des périodes plus récentes, mais parfois oubliées.
Voici retracé en quelques lignes le parcours de cette figure emblématique de la commune.

La passion de l’histoire

JPEGAdmis à l’École Normale en 1943, à l’âge de 15 ans, Jacques Martin s’est tout de suite intéressé à l’histoire locale. « Sans doute le dois-je à mes profs qui, pour nous préparer à enseigner dans des communes rurales, insistaient sur la nécessité de partir du cadre habituel des élèves » indique-t-il. C’est ainsi que, dans chaque commune où il a été instituteur, il a tenté d’éveiller l’intérêt des ses élèves pour l’histoire en partant d’épisodes locaux. À Guipry par exemple, où il dirigea l’école de 1950 à 1954, la Révolution fut étudiée à partir du cahier de délibérations de la municipalité.

Un enseignant novateur, aux talents multiples

Adepte de la méthode Freinet, démarche pédagogique reposant sur l’expression libre des enfants à travers des ateliers d’expression et de création, il initie, dès 1950, la création d’un journal scolaire à Bain de Bretagne, puis à Guipry. Ce dernier est échangé avec une douzaine de classes réparties entre la France, le Liban, Madagascar, l’Algérie, et s’accompagne de l’apprentissage de l’esperanto pour faciliter la communication avec le Japon.
Parallèlement à sa carrière d’enseignant, il anime également des troupes de théâtre, à Saint Aubin du Cormier et Bain de Bretagne. Par ailleurs, musicien et pianiste, il prend la direction de la fanfare et de l’orchestre. Ancien élève du conservatoire de Rennes, il a participé à divers orchestres de danse et de jazz, et à la création de celui du lycée de Rennes.
Il s’investit également dans la vie publique, dès 1960 au sein du Syndicat National des Instituteurs (SNI), puis à la Fédération de l’Education Nationale (FEN), ainsi qu’à la Caisse Primaire d’Assurance Maladie de Rennes, à la caisse régionale, et dans divers hôpitaux et organismes socio-hospitaliers, où il représente les salariés. Enfin, il est conseiller municipal à Bruz de 1983 à 2001.

1957, début de l’ère bruzoise

Arrivé à Bruz en 1957, il enseigne tout d’abord en classe élémentaire, puis obtient un poste de professeur d’anglais au tout nouveau CEG ouvert en 1958, puis au CES (actuel collège Pierre Brossolette). Il y assure également des cours de musique. Avec l’aide de son épouse, Yolande, il prend la responsabilité de l’installation de la cantine, de la mise en place des machines et du service de bouche, pendant la première année de fonctionnement. Par la suite, Madame Martin dirigera pendant 2 ans la cantine de l’école primaire, avant d’en remettre les rênes à la municipalité.

À la recherche du patrimoine bruzois

« Le patrimoine, c’est bien sûr les monuments, mais c’est surtout les hommes, leur vie, leurs techniques et leurs travaux… et ce qu’il en reste » se plaît à souligner Jacques Martin. C’est en épluchant, des journées durant, les archives municipales et départementales, et de nombreux ouvrages de bibliothèque, qu’il fait revivre ces Bruzois des temps anciens, dont nous côtoyons l’existence à travers les chroniques qu’il a publié des années durant dans le magazine municipal « Vivre à Bruz ».
On se souvient de l’affaire Jubin, qui ébranla la commune en 1765, de la famille Baudouin dont on retrouve la trace jusqu’au 12e siècle, de la terrible maladie de 1725 qui fit en quelques mois plus de 200 victimes, ou bien encore, dans un passé plus récent, de l’inondation de la mine de Pont Péan en 1904, et dans un registre plus léger, de l’épopée du petit train de l’Amicale Laïque, pour n’en citer que quelques exemples. Il a également publié dans ces mêmes colonnes une étude sur les noms et prénoms des Bruzois, de 1592 (date du 1er registre paroissial de la commune) jusqu’à nos jours. « Je fais également appel à la mémoire vivante, car la transmission orale reste très importante » précise-t-il.
Outre sa contribution au magazine municipal, il participe activement à la Journée du Patrimoine, et s’investit dans l’association « Galène » pour la promotion et la sauvegarde du site de la mine de plomb argentifère de Pont Péan, notamment par la réalisation d’un topoguide et d’une exposition itinérante.

Savoir utiliser les documents

« On peut trouver sur un même événement plusieurs documents, parfois contradictoires. Il faut savoir garder un œil critique, et ne pas accorder une foi aveugle à tout ce qui a été écrit » met en garde Jacques Martin. Les sources d’erreur sont en effet multiples, qu’elles soient volontaires, certains auteurs pouvant avoir intérêt à masquer ou travestir la vérité, de bonne foi, ou techniques, sans oublier la part de légende. « L’intime conviction n’est pas garante de la vérité. Je m’efforce toujours de garder autant d’objectivité que possible ».

Le bombardement du 8 mai 1944

Une grande partie de ses recherches s’est bien évidemment portée sur l’événement majeur du XXe siècle à Bruz, le bombardement qui détruisit la quasi-totalité du centre ville dans la nuit du 7 au 8 mai 1944. Analysant les écrits, interrogeant les témoins survivants, et compulsant les archives militaires, il a tenté d’apporter une explication à cette énigme : Bruz a été pilonné par l’aviation anglaise. Il a ainsi établi avec une quasi certitude qu’il s’agirait d’une terrible méprise : la cible visée serait en fait un dépôt de munitions près du château des Ormeaux. Il a également réuni une collection de photos de l’époque, et réalisé des panneaux d’exposition, déjà présentés à plusieurs reprises dans le hall de l’hôtel de ville. Sa connaissance de l’événement lui a permis par ailleurs d’apporter des conseils avisés à la réalisation de l’Allée du Souvenir, initiée en 2006 par la municipalité.

Bruz de B à Z

En 1992, Robert Barré, alors maire de Bruz, lui propose de diriger une équipe pour réaliser un livre sur l’histoire de Bruz. Le petit groupe de volontaires mettra un an à rédiger les textes et compiler les photos qui relatent la vie de la commune, de la préhistoire jusqu’à nos jours, à travers le patrimoine architectural et humain, et toujours en lien avec les événements nationaux. Des centaines d’heures de recherche, une cinquantaine de réunions de synthèse, la saisie et l’impression de plusieurs milliers de pages, la rédaction, la relecture et la mise au net des textes, sans parler du travail avec l’éditeur, c’est une tâche gigantesque qui a été menée à bien par ces passionnés, en un temps record. Le défi a ainsi été relevé de publier ce livre pour le 50e anniversaire du bombardement.

Mémoire en images

Cet insatiable conteur a réalisé récemment un nouvel ouvrage, compilation de très belles photos et cartes postales agrémentées de quelques textes, qui nous font partager au fil des pages la vie quotidienne des Bruzois de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Nous y découvrons le centre ancien du bourg, les cafés et commerces disparus, les châteaux et manoirs, Pont Réan et le moulin du Boël, ou bien encore l’histoire de la tréfilerie et de la mine de Pont Péan, et l’esquisse du Bruz d’aujourd’hui.

La généalogie aussi

« Depuis ma retraite, j’effectue également des travaux de généalogie qui m’ont permis d’apprendre qu’à Bruz, où je suis arrivé en 1957, plusieurs familles de mes ancêtres résidaient avant les années 1600. J’ai ainsi pu établir de lointains cousinages avec Alphonse Legault, maire honoraire, de même que, sous la Révolution, avec deux des premiers maires de la commune, et deux prêtres réfractaires » s’amuse-t-il. C’est donc bien une véritable passion qui anime cet infatigable historien, bien qu’il en réfute le titre. « Je ne suis pas un spécialiste, mais un amateur, un “qui aime” » tient-il à préciser. Et comme le dit la maxime, “quand on aime, on ne compte pas”. Et il est vrai que Jacques Martin ne compte pas ses heures, au service de sa passion, et aussi au service de tous ceux qui s’intéressent à ses travaux, et à qui il fait partager, toujours avec plaisir et sympathie, ses découvertes.

A noter

Les livres « Bruz de B à Z » et « Bruz, Mémoire en images » sont en vente à l’Office de Tourisme de Bruz.

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